Enseigner l’écriture cursive

An earAn eyea hand

Comme mentionné plus haut, les élèves dyslexiques sont encouragés à écrire les graphèmes de manière cursive. Il en va de même pour les mots, les phrases et les textes.

En effet, l’écriture cursive jointe est celle qui a été reconnue comme étant la plus adaptée pour les dyslexiques, en particulier s’ils présentent des difficultés de contrôle moteur. L’avantage majeur de cette écriture est qu’elle permet de lever le moins possible son crayon, ce qui en fait une écriture rapide donc automatisée avec un minimum de perte de temps dans les trajectoires et la liaison des lettres. De plus, elle permet de bien voir les mots comme des entités séparées. Elle est donc bénéfique pour tous les élèves de la classe.

Soyez conscients du fait qu’il existe une infinité d’écritures cursives. Il est important que vous enseigniez une même police, surtout pour les élèves dyslexiques. L’écriture cursive américaine D’Nealian semble appropriée car les lettres qui sont facilement confondues telles que < b >, < d >, < p > et < q > sont représentées de manière assez différentes dans cette police.

Dans tous les cas, vous devez discuter avec les autres professeurs afin d’utiliser la même police cursive au fil des ans.

 

Exemple d’écriture cursive reprenant toutes les lettres de l’alphabet :

si l’écriture cursive ne vous est pas familière, veuillez voir une phrase écrite dans cette police, qui reprenant toutes les lettres de l’alphabet

Nous vous conseillons vivement de prévoir du papier ligné pour les élèves dyslexiques, et de leur permettre d’écrire « grand » entre quatre lignes : (deux lignes centrales pour les petites lettres comme < a >, une ligne supérieure pour les lettres montantes comme < b >, et une ligne inférieure pour les lettres descendantes comme < g >). S’ils sont confus par les lignes, vous pouvez les aider en surlignant la « ligne de base » (la troisième ligne en partant du haut) dans une autre couleur, afin de leur indiquer que toutes les lettres « partent » de cette ligne et « se terminent » sur cette ligne.

Par ailleurs, il est important de veiller à ce que l’élève dyslexique tienne correctement son crayon ou son bic et à ce qu’il soit correctement assis (il faut six pieds par terre : les quatre pieds de la chaise et les deux pieds de l’élève), à une hauteur appropriée (de manière à ce que ses coudes puissent reposer sur la surface, que le coude du bras qui écrit forme un angle droit, et que la feuille soit correctement orientée, c’est-à-dire légèrement inclinée vers la droite pour les gauchers ou vers la gauche pour les droitiers).

Enseigner les mots réguliers

An earAn eyethe throata hand

Pour enseigner l’orthographe de mots réguliers aux élèves dyslexiques, on utilise généralement la routine multisensorielle orale simultanée (SOS, pour Simultaneous Oral Spelling), initialement conçue par Gillingham et Stillman en 1960, et reconnue comme étant la routine la plus efficace pour ces élèves. Elle ne peut qu’être bénéfique pour l’ensemble des élèves.

Il existe plusieurs variantes de la méthode orale simultanée, mais elles comportent toutes au moins la séquence suivante :

  • – l’enseignant dit le mot ;
  • – les élèves répètent le mot puis nomment les lettres du mot ;
  • – les élèves orthographient le mot en écriture cursive en répétant ses lettres constitutives tout en les écrivant ;

     

  • – les élèves vérifient s’ils ont correctement orthographié le mot.

Cette technique fait intervenir de nombreux processus essentiels pour l’orthographe, comme la segmentation en phonèmes, la mémoire et le séquençage.
Par ailleurs, elle favorise l’établissement de liens entre les modalités auditive, orale-kinesthésique (répétition), et manuelle-kinesthésique (épeler les lettres tout en les écrivant), et par conséquent la mémorisation.

Pour l’enseignement de l’orthographe des mots réguliers dont un graphème peut s’écrire de différentes manières, vous aiderez certains dyslexiques (et d’autres) en présentant ces mots sous forme de « familles », de la même manière que pour la lecture et en laissant les élèves utiliser différentes couleurs pour orthographier les différents graphèmes correspondant au phonème, par exemple :

  • – fin, lin, lapin, matin, jardin, etc.
  • – bain, main, train, pain, nain, etc.
  • – chien, rien, mien, tien, sien, etc.

Enseigner les mots irréguliers

An earAn eyethe throata hand

Pour l’enseignement des mots irréguliers, il existe plusieurs routines multisensorielles, mais elles ne mettent évidemment pas en avant les correspondances phonème-graphème puisque certaines de ces dernières sont irrégulières. La routine présentée ci-dessous a été élaborée par Fernald en 1943.

Routine d’enseignement de l’orthographe des mots irréguliers de Fernald :

  • – les élèves reçoivent de grandes cartes sur lesquelles le mot est écrit en écriture cursive (éventuellement issues du « paquet de mots irréguliers » constitué pour la lecture);
  • – le mot est divisé en syllabes au moyen d’un crayon ;
  • – les élèves suivent les lettres du mot avec l’index de la main qu’ils utilisent pour écrire, en prononçant chaque syllabe tout en la traçant ;
  • – ils répètent cette procédure plusieurs fois jusqu’à ce qu’ils aient l’impression de savoir orthographier le mot ;
  • – la carte est cachée et les enfants écrivent le mot de mémoire, tout en le disant ;
  • – si l’orthographe est incorrecte, ils répètent la procédure de suivi du doigt avec la carte ;
  • – le mot devrait être ensuite utilisé en contexte.

Cette procédure exploite fortement les modalités auditive-kinesthésique et manuelle-kinesthésique. Elle aidera certains élèves mais pourrait ne pas convenir à d’autres.

Une autre routine multisensorielle pour enseigner l’orthographe des mots irréguliers, plus répandue et qui comporte différentes variantes, a été élaborée initialement par Peters en 1967, et est connue sous le nom de « LCWC » (de l’anglais «  Look, Cover, Write, Check »).

Variante de la routine LCWC pour enseigner l’orthographe des mots irréguliers, telle que proposée dans le Dyslexia Institute Learning Programme de Dyslexia Action :

  • – l’enseignant montre le mot pendant plusieurs secondes et demande de l’observer attentivement ;
  • – les élèves disent le mot ;
  • – les élèves épellent les lettres du mot ;
  • – les élèves copient le mot ;
  • – l’enseignant et les élèves cachent le mot ;
  • – les élèves répètent le mot ;
  • – les élèves épellent le mot ;
  • – les élèves orthographient le mot ;
  • – l’enseignant montre le mot à nouveau et les élèves vérifient s’ils l’ont correctement orthographié.

Ces diverses étapes peuvent être répétées si nécessaire, jusqu’à ce que les élèves orthographient correctement le mot.

Cette routine peut être pratiquée de manière ludique en jouant à « l’accordéon » : sur une grande feuille, lorsque les élèves copient le mot (étape 4) ils replient leur feuille sur le mot afin de le cacher, pour ensuite l’orthographier (étape 8). Si leur réponse est incorrecte, ils replient à nouveau leur feuille sur le mot incorrect et recommencent toute la routine. Le but du jeu, au fil du temps, est d’avoir le plus petit accordéon possible.

Des spécialistes de renommée internationale, comme le Dr. Bevé Hornsby ou Tony Buzan, conseillent, lorsqu’on enseigne des mots irréguliers, d’effectuer la routine, puis de la répéter après 1 minute, puis de la répéter après 10 minutes, afin de favoriser la mémorisation. Il faudrait évidemment répéter cette procédure à nouveau après 1 jour, puis quelques fois après 2-3 jours, puis après une semaine, etc.

Dictée de phrases

An earAn eyea hand

Lorsque les élèves dyslexiques ont suffisamment de pratique pour orthographier les mots isolément, ils peuvent alors les orthographier dans des phrases. Il est fortement conseillé de laisser l’élève dyslexique lire à haute voix les phrases qu’on lui demandera ultérieurement d’orthographier et, si possible, d’enregistrer cette lecture. En effet, la propre voix est un outil très efficace facilitant la mémorisation. Ultérieurement, on peut utiliser cet enregistrement pour laisser l’élève orthographier les phrases en écoutant sa propre voix.

Si ceci n’est pas réalisable en classe, vous pouvez en parler aux parents, à la « maison » ou aux « spécialistes » afin que l’élève puisse enregistrer les phrases et s’exercer à les orthographier en dehors de la classe.

Il existe plusieurs routines multisensorielles de dictée de phrases. Le Dr Hornsby propose la séquence suivante, qui induit les élèves à écouter (modalité auditive), à parler (modalité orale-kinesthésique), à écrire (modalité manuelle-kinesthésique), à regarder (modalité visuelle), et à lire :

Routine multi-sensorielle de dictée de phrases proposée par le Dr Hornsby :

  • – l’enseignant (ou l’enregistreur) dit la phrase à un rythme normal;
  • – les élèves répètent la phrase à haute voix;
  • – l’enseignant répète la phrase faisant une pause brève entre chaque mot et en articulant très clairement ;
  • – les élèves écrivent la phrase tout en la prononçant clairement à haute voix ;
  • – les élèves relisent exactement ce qu’ils ont écrit à haute voix ;
  • – s’ils ont omis certaines erreurs, l’enseignant peut les induire à les trouver en leur fournissant des indices, ou leur montrer la phrase correctement orthographiée (autocorrection).

Il est important de garder à l’esprit que l’écriture de phrases, et de textes, sont des activités très difficiles pour la plupart des élèves dyslexiques. Afin de ne pas les mettre en situation d’échec, il est vivement conseillé de leur montrer et de les laisser examiner les phrases qu’ils devront écrire juste avant de les dicter, plutôt que de les laisser « préparer » les dictées à la maison et de leur demander de restituer l’orthographe des mots qui les composent de mémoire. Cette dernière procédure ne peut que frustrer davantage les élèves dyslexiques car elle fournira des résultats décevants (ils ne pourront pas retenir l’orthographe correcte de tous les mots) et les mettra en situation d’échec. Pire encore, elle les induira à écrire des réponses erronées qu’ils pourraient partiellement mémoriser, ce qui ne les aidera certainement pas à apprendre l’orthographe correcte des mots.

Ainsi, en bref, il est important de laisser les élèves dyslexiques s’entraîner à écrire des phrases tout en leur permettant de comparer directement leurs réponses aux réponses correctes afin de leur permettre de s’autocorriger et de favoriser la mémorisation de l’orthographe correcte des mots.

Comme vous l’aurez constaté, toutes les routines décrites plus haut pour enseigner l’orthographe des mots et des phrases comportent une étape finale de vérification. Quelle que soit la méthode que vous utilisez pour enseigner l’orthographe des mots et des phrases, il est essentiel de laisser aux élèves dyslexiques le temps de relire ce qu’ils ont produit, en les incitant à lire exactement ce qu’ils ont écrit, idéalement, à haute voix, sinon à voix basse, tout en suivant avec le doigt les graphèmes qui constituent le mot et les mots qui constituent la phrase. Au besoin, incitez-les à utiliser des cartons ou leurs pouces pour cacher les parties qu’ils ne sont pas en train de lire. Ceci favorise la vérification et l’autocorrection, et permettra à beaucoup d’élèves dyslexiques de détecter eux-mêmes des erreurs qu’ils ont pu produire, comme des insertions ou omissions de lettres dans les mots, ou l’oubli de la lettre majuscule et/ou du point final dans les phrases.

Les routines multisensorielles d’enseignement de l’orthographe des mots et des phrases facilitent réellement la mémorisation chez les élèves dyslexiques. Si vous ne pouvez les utiliser en classe, parlez-en aux parents ou à la « maison » et/ou aux « spécialistes » qui accompagnent les élèves dyslexiques, afin qu’ils puissent bénéficier de ces routines qui faciliteront les apprentissages de l’élève.

ACTIVITE 20

Les routines multisensorielles d’enseignement de l’orthographe des mots et de dictée peuvent sembler longues, fastidieuses et rébarbatives. Cette activité vise à vous montrer qu’il n’en est rien : au fil des mots et des phrases, vous verrez que l’on s’y habitue vite.

Pour vous en persuader, nous vous demandons de trouver 5 mots réguliers, 5 mots irréguliers et 5 courtes phrases, et, avec votre partenaire de cours, de pratiquer les routines présentées ci-dessus. Ensuite, inversez les rôles.

Aide-mémoire

An earAn eye

Afin d’aider les enfants dyslexiques à mémoriser l’orthographe des mots irréguliers, plusieurs méthodes multisensorielles encouragent également le recours à des mnémoniques.

Les mnémoniques peuvent prendre différentes formes et servir à retenir différents aspects. Par exemple, pour des mots très fréquents mais irréguliers comme « monsieur » ou « femme », vous pouvez fournir aux élèves, ou les inviter à trouver, une phrase dont le premier phonème de chaque mot corresponde au graphème à orthographier (il n’est pas important que la première lettre ou le premier graphème de chaque mot corresponde au graphème à orthographier), par exemple :

– femme : Fanny Est Ma Meilleure Ennemie

– monsieur : Mon Horrible Nounours S’énerve, Il Est Une Rosse

Une mise en garde, cependant : alors que ces mnémoniques aideront certains élèves, ils ne feront qu’embrouiller d’autres élèves. Soyez donc viligant. Par ailleurs, il est évident que l’on ne peut utiliser des mnémoniques de ce type que pour les quelques mots très irréguliers mais très fréquents qui induisent des erreurs répétées.

D’autres mnémoniques plus simples peuvent être inventés pour les mots irréguliers ou pour des « familles » de mots irréguliers, ainsi que pour d’autres aspects problématiques de l’orthographe (accents, lettres muettes), par exemple :

  • – pour < -ille > prononcé [ il ] : < ville > prend deux < l > pour symboliser les tours de guet de part et d’autre du pont-levis permettant d’y entrer ; ou bien « il y a mille gilles dans la ville »
  • – pour < -er > prononcé [ èr ] : « hier il était fier de vendre cher son manteau d’hiver »
  • – < vélo > se termine par < o > parce qu’à la fin d’un vélo il y a une roue
  • – < mât > prend < t > pour que l’on puisse y accrocher une voile
  • – le < a > de < château > porte un accent circonflexe car un château possède un toit, alors que le < a > de < chapeau > n’en a pas car le chapeau est un toit pour la tête

Certains élèves dyslexiques éprouvent des difficultés particulières avec les mots « homophones », c’est-à-dire les mots qui, bien qu’ils se prononcent de la même manière, présentent différentes formes orthographiques qui correspondent à des significations différentes (ex. « vert », « verre », « vers », « vair »). L’utilisation de mnémoniques pourrait également aider certains dyslexiques à retenir les diverses formes orthographiques et significations associées à une même forme phonologique. Par exemple, pour les mots homophones < vos >, < veau > et < vaut >, qui se prononcent tous les trois [ vo ], on peut imaginer le mnémonique suivant : < vos > c’est pour vous, donc plusieurs personnes, donc c’est celui avec < s > à la fin ; < veau > c’est celui qui boit de l’eau donc c’est celui avec < eau > à la fin ; < vaut > c’est lié à la valeur et on peut mesurer la valeur avec une latte donc il y a une latte à la fin du mot (< t >).

Comme vous le constatez, les possibilités d’utilisation de mnémoniques sont infinies. L’important est de vous assurer que les mnémoniques aident les élèves dyslexiques. Dans cette perspective, l’idéal est qu’ils puissent inventer eux-mêmes leurs propres mnémoniques (et les noter dans un cahier). A nouveau, ceci concerne un ensemble restreint de mots fréquents pour lesquels ils commettent souvent des erreurs (ils ne retiendront pas des dizaines de mnémoniques).

Notez par ailleurs que les mnémoniques peuvent également être très utiles pour enseigner des séquences arbitraires, qui posent souvent des difficultés de mémorisation aux élèves dyslexiques, par exemple les jours de la semaine (ex. « Le Mardi Matin Je Vais Souvent Danser » pour Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi, Dimanche), les mois de l’année, les saisons, etc.

De plus, les stratégies de segmentation des mots plus longs et complexes, décrites pour la lecture, sont également valables pour l’orthographe : il faudrait encourager les élèves à développer des stratégies métacognitives qui leur permettront d’orthographier un mot par analogie à un mot connu, d’orthographier les segments des mots sur base de leur similitude avec des mots plus courts précédemment appris, etc.

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